• Print

    Alexis Tinel, administrateur délégué de Getyoo

    Les visites aux salons professionnels... Intéressant, évidemment. Indispensable, aussi. Mais pas toujours pratique. Question que chacun s'est sans doute posée un jour: n'y a-t-il pas moyen d'éviter de ployer sous le poids des documentations professionnelles distribuées par les exposants? Eh bien, oui, c'est possible, grâce à un petit outil électronique qui ressemble à une clé USB. Un petit outil électronique développé par la firme Getyoo.

    Avec Getyoo, on plonge résolument dans le monde des technologies de l'information. Car Getyoo c'est d'abord une plateforme Web qui permet aux utilisateurs d'encoder leurs coordonnées privées et/ou publiques. Mais attention, on n'est pas ici dans le concept Facebook, MySpace ou Twitter. Car à côté de la plateforme Web, la petite entreprise bruxelloise a développé des outils qui facilitent l'échange de ces coordonnées. 

    En fait, il s'agit surtout d'un petit objet électronique combinant un port USB et un lecteur NFC (Near Field Communication). Une sorte de clé USB donc, liée au compte de l'utilisateur, et qui permet d’échanger physiquement des informations avec un autre utilisateur. Configuration typique: vous rencontrez des prospects à un salon professionnel, au lieu d'échanger des cartes de visite en papier, un petit click et hop! L'échange des coordonnées a eu lieu. Vous pensez que ça relève du gadget? Hum, peut-être un peu. Mais on pourrait dire aussi que ce « device » a ouvert la voie à d'autres services. Car il permet également de lire des « tags ». 

    Pas de grande définition pour comprendre, juste un exemple, toujours dans un salon professionnel: l'exposant qui vous intéresse propose toutes sortes de matériels (brochures, photos, vidéos, etc.) sur son stand. Un click et hop!, le « tag » est lu par la clé USB façon Getyoo, il suffit alors de vous brancher sur sa plateforme Internet pour récupérer tout le matériel de l'exposant et/ou être redirigé vers son site web. Fini les kilos de brochures à ramener chez soi! 

    Mais est-ce que tout cela séduit les entreprises ? C'est la première question posée à Alexis Tinel, un des deux administrateurs délégués de Getyoo.

    « Il y a eu un certain intérêt dès le départ pour notre solution d'échange de cartes de visite, oui. Mais on savait déjà que ce n'était qu'une première étape. On a rapidement perçu la possibilité de faire bien d'autres choses avec notre technologie. 

    De là l'idée d'adjoindre les possibilités ouvertes par la RFID (Radio Frequency Identification en anglais). Cette technologie, qui permet de récupérer – et de mémoriser – des données à distance utilise des marqueurs, on les appelle des « tags ». Par exemple, des étiquettes autoadhésives. Ces tags comprennent une antenne associée à une puce électronique qui leur permet de recevoir et de répondre aux requêtes radio émises depuis l’émetteur-récepteur. Pour être tout à fait correct, on s'appuie sur une technologie encore plus poussée que la RFID, la NFC pour « Near Field Communication ». C'est une technologie de communication sans-fil à courte portée et haute fréquence qui permet l'échange d'informations entre des périphériques jusqu'à une distance d'environ 10 cm. C'est un peu compliqué, mais avec cette technique, on propose un produit qui répond à une vraie demande : faire communiquer deux outils électroniques entre eux

    Je vous donne un exemple concret : vous visitez un salon d'affaires, avec l'outil électronique équipé de notre solution, il n'est plus nécessaire d'emporter les catalogues des firmes qui vous intéressent, vous le ferez derrière votre PC chez vous en vous connectant à Internet. Car votre clé USB aura échangé des informations avec le tag de l'exposant que vous avez rencontré ou avec une autre clé USB. Donc, l'info vous allez la chercher sur Internet mais vous y accédez grâce à un numéro de série fourni par le tag. » 

    Quel genre d'entreprises peuvent être intéressées par ce type de produit/service? 

    « Surtout les organisateurs d'événements. Je dois dire qu'on est assez fiers, on a quand même quelques chouettes références. A l'occasion de la cérémonie d'ouverture de la présidence belge de l'Union européenne (Recherche scientifique) à la Bourse de Bruxelles, nous avons fourni 600 « clickeys », nos clés USB. Super visibilité évidemment! Mais je pourrais en dire autant pour notre participation au « European Business Summit » ou à un événement Agoria. D'autres salons vont nous ouvrir les portes cet automne, le principe est un peu toujours le même: les organisateurs nous achètent « x » milliers de clés USB et les distribuent aux exposants qui eux-mêmes les répartissent auprès de leurs prospects. » 

    Et vous comptez en rester là ?

    « Non, bien sûr que non ! On est en train de faire évoluer nos produits et services. On ajoute des fonctionnalités. Par exemple, il est tout à fait possible de développer une solution de paiement avec notre technologie. Nous y travaillons. Cela dit, d'un point de vue commercial, les choses se présentent plutôt bien. Avant les vacances d'été, en 6 semaines, nous avons généré un chiffre d'affaires de 100.000 euros. Après un an d'investissements, de dépenses donc, c'était indispensable et ça a rassuré nos actionnaires. » 

    Getyoo est une entreprise active dans un secteur très pointu et vous n'êtes pas précisément très vieux... Comment en êtes-vous arrivé à créer cette boîte?

    getyoo« L'idée de base, c'est mon associé Geoffroy Simon qui l'a eue il y 4 ans. A l'époque, on parlait encore très, très peu des réseaux sociaux genre Facebook. Et pourtant, Geoffroy imaginait déjà qu'il serait possible de créer un outil électronique qui permettrait d'entrer en contact avec une autre personne d'un simple clic, dans la rue ou, par exemple, dans une foire commerciale. Il a présenté l'idée au concours de la « Start Academy for Young Entrepreneurs ». Il est arrivé en demi-finale et, par la suite, a bénéficié d'une formation d'un an à la Solvay Business School. 

    Mais on s'est rencontre par hasard. Moi, j'avais étudié le business management à Saint-Louis, travaillé pour de grands groupes dans leurs forces de vente, lancé une filiale d'un groupe français à Londres. Et puis, par hasard, j'ai rencontré Geoffroy dans une épicerie fine – il y a d'abord travaillé pour financer ses études de science politique avant de racheter l'affaire... – et le contact s'est noué naturellement. On s'est revu, il m'a parlé de son projet. Nous avons décidé de nous lancer, nous avons rédigé un plan d'affaires, nous avons cherché les premiers investisseurs et nous avons créé notre SA. » 

    Une SA? Mais d'habitude, on commence par une SPRL, ne serait-ce que pour des raisons financières, il faut injecter moins d'argent... 

    « C'est exact. 65.000 euros de capital... Pour l'essentiel, la constitution s'est faite par un apport en nature correspondant notamment à des frais que nous avions dû engager, par exemple pour le développement et le design d’un prototype, du matériel informatique, le site internet Geytoo.com aussi. Nous avons dû vider nos poches... Mais nous croyions en notre projet et, d'ailleurs, quelques semaines plus tard, nous avons augmenté le capital de Getyoo. Au total, nous avons réussi à mobiliser 700.000 euros, grâce à quelques investisseurs, à notre banque et les pouvoirs publics de la région de Bruxelles-Capitale.. » 

    En pleine crise économique alors que les banques étaient accusées de ne plus prêter d'argent ? 

    « Absolument. Notre projet a suscité beaucoup d'intérêt. Le secteur des technologies de l'information et de la communication, le web, c'est un domaine très porteur. Ça nous a beaucoup aidé. Et puis, il y a un autre élément: nous avons rencontré plusieurs investisseurs qui en avaient assez de placer leur argent en bourse. Ils n'ont rien à dire sur la stratégie des entreprises, les rendements sont incertains. Là, avec notre projet, ils ont aussi trouvé la possibilité de s'impliquer, en jouant en fait le rôle de « business angels ». Mais c'est vrai, nous avons eu le luxe rare de pouvoirs choisir nos partenaires et d'une certaine manière, la crise a joué en notre faveur. » 

    Quelles ont été vos priorités quand la société a effectivement été créée? 

    « Fabriquer effectivement notre petit outil électronique et développer le site web. Et puis, évidemment, trouver les premiers clients, ce qui impliquait de créer une équipe commerciale. Mais en même temps, on n'avait pas les moyens d'engager du personnel pour faire tout ça en interne. On a donc fait appel à la sous-traitance pour la fabrication matérielle de l'outil électronique, et à des consultants commerciaux pour la partie commerciale. 

    La mayonnaise a pris rapidement, on a donc décidé de rapatrier la technologie en interne – bon on avait bien sûr cadenassé juridiquement les contrats de sous-traitance. Et puis, il faut dire aussi que nous avons été les premiers à Bruxelles à bénéficier d'un système génial, l'aide à la pré-activité. Sans cela, nous aurions du mal à nous lancer. Il faut bien voir qu'au départ, il fallait investir beaucoup d'argent dans des frais juridiques (30.000 euros financés à moitié par l'aide). Boucler des contrats en béton avec la sous-traitance et avec les actionnaires, déposer un brevet et aussi étudier soigneusement les contraintes liées à la protection de la vie privée. » 

    Est-ce qu'on peut dire que sans les aides publiques, vous auriez eu beaucoup de mal à lancer votre société?

    Alexis Tinel: « C'est évident. Toutes les aides régionales qui nous ont été accordées par l'intermédiaire de l'ABE « pèsent » environ 150.000 euros! Il y a eu les aides au recrutement, les aides à la recherche et développement, les aides à l'exportation (qui nous ont permis d'aller présenter nos produits et services dans de grandes foires commerciales en Allemagne notamment), les aides à la consultance, l'accès au Fonds de Garantie. Cette dernière étape n'a pas été particulièrement simple: dans un premier temps, notre dossier a été refusé. Mais nous avons reçu une seconde chance, celle de défendre notre dossier devant eux. Et ça a marché... » 

    Où en êtes aujourd'hui la structure de l'entreprise?

    « Elle continue à évoluer. Nous sommes occupés à mettre en œuvre une deuxième augmentation de capital. L'ambition est de lever 1 million d'euros cet automne auprès de fonds de capital à risque spécialisés dans les technologies de l'information, le web, etc. Avec cette rentrée d'argent, nous pourrons agrandir nos équipes techniques (des développeurs, des graphistes...) et commerciales. Car, par définition, il faut sans cesse améliorer nos produits et services. 

    Pour le moment, ils sont accessibles au travers d'un petit outil électronique spécifique mais nous savons bien qu'à terme, nos solutions devront pouvoir être intégrées aux « smartphones ». Une première version est prévue début 2011 mais le marché n'est pas encore vraiment mûr. Pour une raison simple: un quart des Européens possèdent un « smartphone » mais moins de 20% d'entre eux utilisent réellement les fonctions disponibles sur leur appareil. Il y a donc encore du chemin à parcourir, mais nous devons être prêt quand le mouvement s'amplifiera. » cet automne auprès de fonds de capital à risque spécialisés dans les technologies de l'information, le web, etc. Avec cette rentrée d'argent, nous pourrons agrandir nos équipes techniques (des développeurs, des graphistes...) et commerciales. Car, par définition, il faut sans cesse améliorer nos produits et services. 

    Propos recueillis par Adrien Maintiens  - septembre 2010

    Getyoo en bref

    Nom :  Alexis Tinel
    Fonction : co-fondateur et administrateur délégué 
    Date de naissance30.01.1983
    Diplômes principaux ISC St Louis, Post University Degree , Business Administration and Management
    Secteur d’activité : TIC
    Nombre d'emplois : 5
    Défi pour l'avenir :Mener Getyoo au succès
    Devise« La joie de l'âme réside dans l'action », Louis Hubert Lyautey. 
    Coordonnées :  Rue des Tanneurs 60a à 1000 Bruxelles  - 02-548.70.27 
    http://getyoo.com