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    Estelle Van Geyts, Gérante de "Chez Gaspart"

    Elle en rêvait depuis des années: créer sa petite entreprise qui serait une maison d'hôtes. Estelle Van Geyts s'est lancée en 2007 en rachetant « Chez Gaspart », sur les hauteurs de Forest, à un jet de pierre de l'Altitude 100. Elle s'y consacre pleinement depuis, subissant les aléas d'une conjoncture pas forcément rose pour cette activité. Mais Estelle Van Geyts a une autre corde professionnelle à son arc: elle restaure les papiers. Découverte.

    Vous avez créé votre petite entreprise en 2007 avec deux créneaux spécifiques, d'une part une maison d'hôte et, d'autre part, la restauration de papiers anciens. C'est un choix plutôt atypique, non?

    « Mon parcours personnel est assez bizarre, je le reconnais... D'abord parce que je me suis lancée dans des études de médecine mais j'ai arrêté après 4 années. Ce n'était pas mon truc. J'avais envie d'autre chose et j'ai bifurqué vers la restauration d'œuvres d'art. Je me suis inscrite à la Cambre et je me suis spécialisée dans la restauration de papiers, toutes les époques, tous les types d'impression (lithographie, sérigraphie, etc.), mais pas les livres. Je n'ai pas la formation nécessaire de relieur. C'est un métier dans lequel il y a pas mal de boulot, mais peu de budgets et puis, c'est très cyclique. Mais en même temps, je rêvais depuis pas mal d'années d'ouvrir une maison d'hôtes. J'y avais goûté quand je partais en vacances avec mes parents, j'avais adoré et j'avais envie d'en ouvrir une à Bruxelles. »

    Entre le rêve, le projet et la réalité, il y a parfois une distance considérable. Comment avez-vous réduit cette distance?

    Estelle Van Geyts : « Ce qu'il faut d'abord savoir, c'est qu'il y a extrêmement peu de salariés dans la restauration d'art, en particulier dans ma spécialité « papier ». On fonctionne beaucoup par appel d'offres, c'est très cyclique comme je l'ai déjà dit et donc, je me suis dès le départ inscrite comme indépendante. En 2005-2006, j'ai suivi une première formation pour chef d'entreprise chez Bruxelles Formation. Une petite semaine pour apprendre les bases et franchement, c'était vraiment pas mal du tout. Puis j'ai participé à un second module, plus long (6 à 8 semaines), toujours avec Bruxelles Formation mais avec des formateurs de la Solvay Business School. C'était très dynamisant, très professionnel aussi. On vous amène en réalité à mieux cerner votre projet, à voir où il peut vous emmener. Pendant cette formation, j'ai fait une étude de marché sur les maisons d'hôtes à Bruxelles... et, en mai 2007, je suis tombée sur la maison « Chez Gaspart » et... »

    ...et vous avez sauté sur l'occasion!

    « Oui. La maison d'hôte appartenait à un couple très sympa. Ils avaient lancé « Chez Gaspart » quelques années auparavant mais ils avaient en même temps continué à travailler comme salariés de leur côté, ils voulaient un deuxième enfant et donc, ils souhaitaient vendre. Moi, ça me tentait énormément d'autant que mon autre métier, la restauration de papier, me permet de gérer complètement mon temps et puis, c'est un métier assez solitaire, avec la maison d'hôtes, je peux exprimer d'autres facettes de mon caractère. Quoi qu'il en soit, j'ai consulté mes proches et j'ai créé ma petite entreprise. On est alors en août 2007. »

    A quoi ressemble le marché des maisons d'hôtes bruxelloises à ce moment-là?

    « L'offre était nettement plus réduite que maintenant, une petite vingtaine de maisons d'hôtes véritables. Mais là, on a pratiquement doublé ce chiffre en deux ou trois ans. Et ça continue... »

    L'investissement de base de votre entreprise a-t-il été particulièrement lourd?

    « Il fallait essentiellement financer l'achat de la maison, un investissement de l'ordre de 700.000 euros tout de même. Mais il faut dire qu'à part quelques lampes, quelques appareils électroménagers et un coup de peinture à gauche ou à droite, la maison était impeccable. Elle avait intégralement été rénovée en 2001-2002 avant même de devenir une maison d'hôtes. Pour moi, l'avantage était clair: l'activité pouvait démarrer immédiatement et générer des revenus indispensables. »

    Et puis vous avez sollicité des subsides publics...

    « Tout à fait par hasard ! J'ai rencontré une professionnelle de l'ABE que je connaissais depuis l'université, elle m'a conseillé de m'adresser à l'ABE, et voilà ! Maintenant, je dois aussi dire que chez Bruxelles Formation, on nous renvoyait aussi vers l'ABE – j'avais même le « starter kit » de l'ABE ! – mais franchement, je n'y ai plus pensé par la suite. Et quand le projet est lancé, dans l'effervescence du moment, on n'y pense toujours pas plus. Et puis finalement, quand j'y ai repensé, je me suis dit que ce n'était pas pour moi, c'est un trop petit projet, sa croissance prévisible ne sera pas explosive, etc. Mais c'était une erreur. »

    Une erreur parce qu'en pratique, vous entriez dans les critères pour obtenir une aide?

    « Exactement et ici aussi avec l'aide de l'ABE. Le dossier a été bouclé en décembre 2007, enfin presque bouclé, il manquait en fait un document de la Communauté française, une attestation qu'il a fallu attendre plusieurs mois. En mai 2008 donc, le dossier était vraiment complet, il a été accepté en décembre et depuis... ben, rien. J'attends encore l'argent, c'est tout de même une somme importante (43.000 euros), environ 15% de la moitié de la somme investie. »

    Et cet argent vous sera bien nécessaire, j'imagine... 

    « Oui, surtout que le contexte économique est difficile pour le moment. Le taux d'occupation a chuté de 40% en ce début d'année par rapport à la même période l'année passée. Je me vois mal baisser les prix mais en revanche, je réfléchis à des petits plus que je pourrais apporter aux clients. Quoi qu'il en soit, l'activité d'une chambre d'hôtes est très saisonnière. Théoriquement il y a une grosse affluence de la mi-septembre jusqu'à début janvier, puis de mars à juin; juillet/août c'est désert. En semaine, une clientèle surtout professionnelle, qui vient à Bruxelles pour les multiples salons, et le week-end, c'est plutôt une clientèle privée. Mais là, c'est très très calme. Mais comme j'ai pas mal de travail en restauration de papier, les deux activités se compensent bien. » 

    Propos recueillis par adrien maintiens

    Chez Gaspart en bref

    Nom : Estelle van Geyts
    Fonction: Associée - Gérante 
    Date de naissance : 22 août 1974
    Diplômes principaux : Licence en Arts Plastiques ENSAV La Cambre
    Secteur d’activité : Culturel
    Défi pour l’avenir : « Variété, c'est ma devise. »
    Hobbies : Lecture, Expositions, Cinéma.
    Lieu : 3, avenue du Mont Kemmel 02-539.47.97 info@chezgaspartguesthouse.be http://www.chezgaspartguesthouse.be