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    Grégory Szczesny, cofondateur de Flomedi

    Grégory Szczesny est ingénieur. Après un TFE consacré au traitement d'images échographiques, il a lancé sa petite entreprise, Flomedi. Elle est spécialisée dans le consulting, la recherche et le développement de nouveaux appareils et procédés de diagnostic médical. Son projet, qui est sur le point de prendre son envol, a intéressé Dominique Jozeau, un « business Angel », qui apporte son savoir-faire, son réseau... et des sous. Interview. 

    Vous êtes tout jeune et vous êtes pourtant sur le point de créer une entreprise dont le nom existe déjà: FLOMEDI. Quel a été votre parcours pour en arriver là? 

    Grégory Szczesny : «J'ai toujours été passionné par le secteur médical et les nouvelles technologies. C'est finalement s'association des deux qui m'a dirigé sur la voie des études en électronique médicale à la Haute Ecole Lucia De Brouckère. Puis j'ai travaillé pendant un an à l'hôpital Saint-Luc, à Woluwé, où je m'occupais du parc des « medical devices » (monitoring, respirateurs, couveuses, pompes à morphine, etc.). Un travail intéressant même si pendant cette année, je sentais qu'il me manquait quelque chose pour être capable d'effectuer ensuite un parcours professionnel plus complet. J'ai donc repris des études à la Haute Ecole Paul-Henri Spaak pour devenir ingénieur industriel. Des études qui se terminent évidemment par un « travail de fin d'études », le TFE. 

    Pour tout étudiant, le TFE, c'est un moment-clé. Pour moi, il a été particulièrement important puisque j'ai retrouvé le secteur médical. Mes professeurs m'ont en effet mis en relation avec le professeur Costantino Balestra, professeur à l'ISEK (l'Institut d'enseignement supérieur paramédical de la Haute Ecole Paul-Henri Spaak) et à l'ULB. De cette rencontre est né mon projet d'étude puis d'entreprise: trouver le moyen d'évaluer la fonction endothéliale de manière non invasive. C'est important parce que c'est la fonction endothéliales qui régule tout le système cardiovasculaire et que chaque problème cardiovasculaire est précédé d'un dysfonctionnement endothélial. D'où l'intérêt de le repérer à temps. » 

    Quelle est la valeur ajoutée de votre recherche? 

    Grégory Szczesny :« Ce qui est difficile pour les médecins à l'heure actuelle, c'est de mesurer avec précision la dégradation éventuelle de la fonction endothéliale. Depuis une vingtaine d'années, par cette méthode on est capable d'évaluer l'état du système cardiovasculaire. Mais, en caricaturant un peu, je dirais que l'analyse est encore assez binaire, fonctionne bien/pas bien. Quant à l'examen médical en lui-même, il suit un schéma assez simple : 

    1. on fait une première échographie pour mesurer le diamètre de base de l'artère;
    2. on arrête la circulation sanguine pendant cinq minutes en garrotant le bras de manière à comprimer l'artère brachile;
    3. on fait une seconde échographie une minute après l'étape 2 pour mesurer la dilatation maximale de l'artère, ce qui permet notamment de mesurer si elle est abîmée ou bouchée par du cholestérol.

    Mais voilà, ce processus n'est pas toujours très fiable parce que le temps nécessaire à la dilatation maximale peut varier selon la physiologie des patients. Il y a donc un risque non négligeable de mauvais diagnostic. Le logiciel que j'ai créé permet de faire le monitoring précis de toute la période de relâchement de l'artère. On est donc certain que le pic de la dilatation sera répertorié, le diagnostic sera donc fiable. Concrètement, on place une interface d'acquisition entre la machine d'échographie et l'ordinateur sur lequel tourne mon logiciel. Le signal vidéo est récupéré en temps réel, l'analyse est immédiate. » 

    Combien de temps vous a-t-il fallu pour développer ce produit?

    Grégory Szczesny :« Pas loin de 4 ans, dont 1 année entière après le travail de fin d'études. Puis, j'ai bénéficié du soutien du programme « Spin-Off in Brussels » de l’IRSIB en 2006, un soutien qui a pour objectif d'encourager le chercheur universitaire à étudier les conditions d’exploitation industrielle et commerciale des résultats de ses recherches, l'idée étant de créer ensuite une entreprise. 
    J'étais convaincu qu'il y avait là un vrai potentiel. Convaincu en fait par les nombreux contacts que j'ai noués avec les médecins pendant et après mon TFE, leur feed back, mais aussi les articles scientifiques sur la fonction endothéliale. Il me semblait évident que ce produit serait très utile pour les cardiologues formés à l'imagerie médicale. 

    Cela dit, il n'y en a pas tant que ça tout de même, on s'est donc dit assez rapidement que le potentiel commercial était réel, mais limité. On a donc imaginé un système qui, lui, serait utile pour plus de médecins, les généralistes en particulier. Avec toujours l'objectif d'évaluer la fonction endothéliale mais avec un nouvel outil : la photopléthysmographie (PPG). Pour faire simple, disons qu'il s'agit d'un outil mesurant les variations du flux sanguin au niveau des doigts. L'idée est toujours d'évaluer la fonction endothéliale, mais à partir d'un autre critère, en l'occurrence les pulsations sanguines. L'objet de notre recherche a été de vérifier que cet autre système permet aussi d'évaluer la fonction endothéliale avec au moins le même degré de fiabilité que celui de l'imagerie médicale. Ce qui sera le cas. » 

    Cela signifie donc que vous allez commercialiser deux produits distincts. Sont-ils déjà prêts à la vente?

    « Nous en sommes aux versions bêta et aux essais cliniques à la KUL. En principe, la première version commerciale sera disponible en janvier, au moment où les essais cliniques seront terminés, au moment aussi où nous planifions de créer la société comme telle, sous la forme d'une SPRL. » 

    Dominique Jozeau : « Il faudra trouver le bon moment pour créer officiellement la société. Car dès ce moment, nous n'aurons plus droits aux subsides actuels mais on n'aura pas forcément encore de revenus commerciaux. Quoi qu'il en soit, le plan d'affaire est prêt, nous avons été voir notre banquier hier (NDLR: mi-mai). C'est sans doute à ce niveau-là que l'ABE nous a le plus apporté, faire le saut entre la recherche et la mise en place commerciale
    Vous savez, les programmes du type « First Spin-off » ou « Spin-Off in Brussels » permettent généralement aux chercheurs universitaires de financer leur recherche pendant deux ans et de créer un prototype. Mais il n'est pas rare que ça coince au moment de passer à la phase commerciale, c'est là qu'un coup de main est vraiment précieux. » 

    Quand êtes-vous arrivé dans ce projet aux côté de Grégory Szczesny? 

    Dominique Jozeau : « Il y a une bonne année maintenant. Et aujourd'hui, c'est vrai, mon rôle gagne en importance dans la mesure où les recherches sont sur le point d'être terminées, les produits sont bientôt prêts. C'est là que mon expérience devient utile, puisque j'apporte un réseau de contacts et des connaissances indispensables au développement du projet, des connaissances commerciales, financières et administratives, par exemple. J'ai dans ces domaines une expérience que Grégory n'a pas et, dans le fond, mon rôle consiste surtout à l'aider à développer son projet de société, à l'accompagner et à lui permettre de rester le plus longtemps possible aux commandes de sa société. Eviter en fait qu'il ne soit dilué trop rapidement par la venue de nouveaux actionnaires. 

    Comment? Eh bien en jouant sur les effets de levier: Grégory et moi investissons de l'argent – nous sommes à 50/50 – mais en même temps, on essaie de décrocher les subsides publics accessibles à Bruxelles – on en a eu pas mal – et nous nous sommes tournés vers le Fonds de Participation. Le prêt Starteo permet de financer nos investissements, voire le fonds de roulement dont nous avons besoin pour l'activité. Avec ces outils on parvient à multiplier le capital de départ par 9. » 

    Vers quels marchés allez-vous vous tourner par priorité dès que les deux produits seront prêts à être commercialisés?

    Dominique Jozeau : « Nous allons commencer par la Belgique mais pas seulement, les autres pays européens nous intéressent également. Sur ce point aussi, l'ABE nous a beaucoup aidés. Ils nous ont proposé d'identifier les distributeurs potentiels de nos produits dans différents pays. Cela n'a l'air de rien comme ça et pourtant, c'est extrêmement précieux. Vous savez, les spécialistes de l'ABE ont plein de contacts, ne serait-ce que les organisations qui font le même boulot qu'eux dans les pays voisins. Via leur service Enterprise Europe Brussels, on a pu assister à un événement de courtage téchnologique organisé au salon Medica ce qui a resulté dans plusieurs rendez-vous avec des entreprises européennes. Actuellement nous sommes en train d’évaluer la collaboration qui conviendrait le mieux au développement de notre business.» 

    Pourquoi choisir de passer par des distributeurs. Est-ce que ça ne va pas vous priver de revenus importants?

    Dominique Jozeau : « Il est très clair que nous devrons rémunérer ces distributeurs une fois qu'ils seront choisis mais, en même temps, nous ne devrons pas engager de forces de vente, ni faire de gros investissements commerciaux (acheter les produits, les stocker, gérer un service après-vente, etc.). Nous n'en avons de toute façon pas les moyens pour le moment. Car nous devrons déjà engager des gens d'ici la fin de l'année, un employé administratif (on va être certifiés ISO, c'est une montagne de travail administratif!) Et bien sûr un commercial expérimenté dans les 'medical devices' et dans l'international, car il faudra suivre de près le travail de nos distributeurs à l'étranger ». 

    Où se fera la production de vos produits?

    Dominique Jozeau : « Le défi le plus important concerne le kit de photopléthysmographie, que nous appelons CardioVaRisk. Le prototype existe, il a été mis au point par Grégory. Mais pour la fabrication, nous allons faire appel à une société pour redessiner la carte électronique, à une autre société pour fabriquer et assembler les pièces du kit. Cela se fera ici, en France, en Belgique ou aux Pays-Bas, la décision n'est pas encore prise, mais à terme, si les affaires se développent comme nous l'espérons, peut-être faudra-t-il envisager de faire produire en Asie pour faire baisser drastiquement les prix. On sait qu'à terme, nous devrons diviser le prix de revient par deux pour s'imposer sur le marché. » 

    Propos recueillis par Adrien Mintiens en 2010 

    Flomedi en bref

    Nom :  Grégory Szczesny
    Fonction: cofondateur
    Date de naissance : 14/05/1982
    Diplômes principaux : bachelier en électronique médicale (Haute Ecole Lucia De Brouckère) et ingénieur industriel (Haute Ecole Paul-Henri Spaak)
    Secteur d’activité : Electronique, soins de santé
    Principal défi pour l'avenir :Devenir leader sur le marché européen dans l'évaluation de la fonction endothéliale.
    Devise: Tenir bon et aller jusqu'au bout des choses.
    Coordonnées :  Ing. Grégory Szczesny, MSc - GSM : 0474-963.924  -szczesny@flomedi.com - http://www.flomedi.com