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    Marie-Christine De Wasseige, co-fondatrice de Famidoo

    En 1986, Marie-Christine de Wasseige crée sans expérience ni aucun investissement initial « Le Grand Bruxelles des Tout Petits », un guide d’infos pratiques à destination des jeunes parents. C’est un succès immédiat. L’arrivée d’Internet vient ensuite offrir de nouvelles possibilités. Appuyée par quelques investisseurs, Marie-Christine et ses associés se lancent dans l’aventure, avant de subir la crise de plein fouet. Heureusement, un solide bon sens les aide à redresser la barre. Aujourd’hui, à côté des guides qui couvrent désormais la Belgique dans les deux langues, Famidoo c’est aussi un portail Internet destiné aux familles, une newsletter électronique et des magazines gratuits distribués chez les pédiatres, dans les crèches, à la maternité, chez les gynécologues… La belle aventure continue !

    Changement de cap

    « J’ai fait des études de psychologie, puis j’ai travaillé à l’hôpital dans le service de psychiatrie de l’UCL. J’ai ensuite monté avec deux collègues un centre pour toxicomanes à Bruxelles, parce qu’à l’époque on voyait arriver énormément de toxicomanes aux urgences. Ils étaient hospitalisés pendant 10 jours, le temps de faire une cure de désintoxication, puis ils ressortaient parce qu’on ne peut pas faire plus dans un hôpital général. Et ce qui devait arriver arrivait : ils replongeaient aussi sec.  J’ai travaillé dans ce centre pour toxicomanes pendant deux ans et demi. Il emploie à présent 60 personnes sur trois sites.

    Un événement personnel m’a fait changer complètement de direction : c’était devenu trop dur émotionnellement de continuer à travailler avec des toxicomanes qui frôlaient sans cesse la mort. Je me suis demandé ce que j’allais faire. Je partageais le goût des livres avec mon frère qui avait créé la maison d’édition Clair de Lettre. C’était un domaine qui me passionnait mais je n’avais aucune expérience dans ce créneau au départ. Or une amie était partie à Paris et avait créé un guide qui s’appelait « Le Paris des Tout Petits ». Elle voulait le lancer en Belgique et avait contacté mon frère, qui m’a dit : ‘Regarde ce qu’on est venu me proposer !’ Comme j’attendais mon second enfant, c’était un sujet qui me parlait. Je suis allée la voir à Paris et nous avons trouvé un accord très rapidement.

    Bruxelles des Tout Petits

    Quand j’ai commencé, tout le monde m’a dit : ‘Bruxelles n’est pas Paris!’ Mais ça ne m’a pas découragée. Je trouvais l’idée tellement simple et efficace que j’ai d’abord essayé de comprendre pourquoi cela n’existait pas en Belgique. Je suis allée voir les Editions Duculot qui étaient tenues par un monsieur d’un certain âge qui avait été à l’université avec mon père. Il m’a dit : ‘Ecoutez, à la lumière de ce que vous m’expliquez, je ne vois vraiment pas pourquoi vous cherchez une maison d’édition. Vous en avez une, les éditions Clair de Lettre, vous pouvez faire le travail toute seule. Comme vous allez vous occuper de tout (écriture, relations avec la presse, publicité, etc.), je ne vois vraiment pas pourquoi j’y mettrais mon nom et viendrais vous pomper de l’argent pour un travail que je ne ferais pas’. Et il a ajouté : ‘ Lancez-vous : vous avez tous les éléments en main. Faites-le !’

    Alors j’ai démarré comme ça en 1986, sans avoir vraiment beaucoup d’idées mais en rencontrant beaucoup de gens enthousiastes. J’ai proposé à des copines institutrices ou sans travail de collaborer au projet pour écrire et actualiser tout le contenu. Je me suis retrouvée avec six personnes choisies pour leurs compétences dans différents créneaux. En neuf mois de temps le rédactionnel était prêt. Alors j’ai pris ma petite mallette et je suis allée voir des annonceurs.

    J’ai trouvé de l’argent assez facilement. Je n’avais aucune notion de comptabilité parce que ce n’est pas dans le secteur psy qu’on apprend ce genre de choses ! Mais j’ai fait deux colonnes, pour les rentrées et les sorties, et ce n’était pas compliqué de comprendre qu’il fallait les équilibrer. Puis j’ai trouvé un distributeur, et j’étais prête.

    Une copine m’a fait rencontrer quelqu’un au journal Le Soir qui a dit : ‘C’est très bien ! Je vais vous faire un papier extraordinaire, mais je veux la primeur !’ J’ai eu une demi-page dans Le Soir, puis une couverture presse absolument fabuleuse de tous côtés parce que les femmes journalistes étaient enchantées d’avoir un outil comme celui-là. Les 5.000 exemplaires que j’avais édités sont partis en deux mois et demi, ce qui était assez extraordinaire. Nous étions dans les meilleures ventes du pays ! Il a fallu réimprimer. C’était une idée toute simple, mais souvent les idées les plus simples sont les meilleures.

    En route pour un guide de famille

    Pendant quatre ou cinq ans je n’ai fait que ça. Puis nous avons sorti une édition sur la Flandre. J’ai aussi été contactée par Télémaman, une entreprise qui distribuait des colis en maternités. Nous y avons inséré un guide qui s’est appelé Baby Boum. Très rapidement nous avons pensé à une édition prénatale qui accompagnerait les mamans pendant la grossesse. Je suis allée voir quelques gynécologues et leur ai demandé : ‘Si nous écrivions un guide pour accompagner la maman pendant la grossesse avec des adresses utiles, est-ce que vous le distribueriez dans votre cabinet ?’ La réponse a été positive. Je me suis alors entourée de quatre gynécos pour contribuer au rédactionnel et nous avons sorti le guide prénatal. Nous avions dès lors deux guides gratuits, qui sont d’ailleurs toujours là.

    C’est une activité qui me plaît parce qu’il y a beaucoup de choses à dire dans ces moments très importants affectivement et psychologiquement que sont la grossesse et la naissance. Il y a énormément de petits problèmes à dédramatiser. Nous donnons des pistes pour ne pas être seule. Je suis avant tout une maman et une femme qui parle aux autres mamans de choses assez basiques qui nous arrivent à toutes et dont j’avais moi-même été étonnée que personne ne parle.
    Voilà ce qui s’est passé pendant une bonne douzaine d’années.

    Entre-temps j’avais quatre enfants et je travaillais toujours de la maison. Puis, il y a à peu près six ans, Internet est arrivé. Une de mes associées m’a dit : ‘Je ne comprends pas pourquoi tu ne pars pas sur Internet, il faut prendre ce train-là ! Etudions la question, voyons ce que cela représente au niveau des investissements’. Il y a beaucoup de choses qui se passent au quotidien dans le secteur de la famille, et nous ne pouvions pas le relayer dans les guides annuels. Internet était un bon outil pour le faire. Le côté interactif et vivant nous a aussi titillées. Les choses se sont enclenchées à une vitesse hallucinante. Nous avons longuement discuté à propos du site; nous avons vu différents concepteurs. Nous avons rencontré François Lagae, un copain d’unif que le projet intéressait. Il a compris le métier, l’intérêt de combiner l’ancienne et la nouvelle économie, et trouvait que l’idée était bonne. Il a planché avec nous sur un business plan. A trois, avec Marie Anne Leszczynska et François Lagae, nous avons constitué une nouvelle entité, Clair de Lettres – Famidoo.

    famidooFamidoo enfin

    Nous avons trouvé deux autres partenaires financiers très rapidement, après trois ou quatre présentations à des business angels et d’autres investisseurs potentiels : la SRIB, et un fonds privé. Et nous nous sommes lancés dans cette magnifique aventure.

    L’ancienne activité tournait gentiment. Internet mobilisait 80 % de notre temps et de nos moyens. Nous avons commencé à investir beaucoup d’argent. Je n’ai pas beaucoup de notions de comptabilité mais je sais une chose : quand on sort de l’argent, il faut en rentrer ! Jusque-là, je n’avais dépensé que ce que je gagnais. Je savais combien j’allais gagner avant de lancer l’impression. C’était très simple et très clair. Je n’avais jamais eu de stress à me demander comment j’allais payer mon imprimeur. Là, je voyais l’argent filer mais nous ne facturions pas. Je trouvais cela très curieux, mais on me disait : ‘C’est du capital à risque. C’est toujours comme ça au début : il faut investir avant de récolter !’ Quelques mois passent. A une semaine de la signature d’un important contrat de sponsoring du site par une grande banque belge, celle-ci a stoppé tous ses investissements et tous les autres sponsors potentiels ont suivi. C’était l’éclatement de cette fameuse bulle Internet : nous nous sommes rendu compte qu’aucun des autres revenus identifiés ne viendrait !

    Nous nous sommes rapidement dit : ‘Internet ne va rien nous ramener comme revenus dans l’immédiat et nous avons à présent des salaires à payer chaque mois. Nous allons retourner vers ce que nous savons faire : l’édition papier’. Nous avons donc commencé à faire des annuaires trimestriels : « Les Carnets de Famidoo ». Nous avons gardé le principe de la distribution gratuite chez les pédiatres mais en lui adjoignant un autre circuit de distribution dans les crèches pour faire connaître le site Famidoo à un plus large public. Et nous avons repris notre bâton de pèlerin pour pouvoir facturer.

    Il y a aujourd’hui à peu près 800 points de distribution qui reçoivent nos publications. Nous avons continué à alimenter Internet, mais avec une structure réduite. C’est comme ça que nous avons rectifié le tir, nous sommes repartis vers notre bon vieux métier tout en gardant bien en tête que ce site était un outil absolument fabuleux.

    Nos supports sont parfaitement complémentaires : papier et Internet renvoient toujours l’un à l’autre. L’annuaire reste le fond de commerce, avec des adresses réactualisées une fois par an. Il y a aussi une newsletter qui est envoyée à près de 15.000 familles pour l’instant et des magazines gratuits pour accompagner les parents tout au long de leur vie de famille.

    Famidoo.be est un portail pour les familles, réactualisé tous les jours. En 10 ans, la famille a bougé d’une façon impressionnante : la cellule familiale éclate, les parents sont seuls, en demande d’information, les papas célibataires se demandent ce qu’ils vont faire le week-end avec leurs enfants… Nous avons le souci de donner en permanence sur le site de l’information actuelle et crédible grâce à des intervenants compétents : médecins, avocats, psys, nutritionnistes etc. Notre boulot c’est d’être la place du village. Certains arrivent avec des questions difficiles, d’autres avec de bonnes solutions. Notre objectif est de les rassembler. Nous nous sommes serré la ceinture. Pour le moment la situation est en constante évolution.

    J’attribue le fait que nous soyons toujours là à un certain bon sens et une volonté farouche de tenir parce que des gens nous avaient fait confiance. Nous créons, nous rebondissons tout le temps. Je pense que c’est comme ça qu’on voit si une société va bien. Nous avons appris à nous demander pour chaque chose que nous faisons ce que nous dégagerons comme bénéfice. Quand nous faisons un plan prévisionnel en début d’année, nous nous y tenons. L’équipe est primordiale. Toutes les idées peuvent être bonnes : les idées qui semblent les plus farfelues au départ sont parfois les meilleures. Il faut un regard extérieur. Seul, on est parfois coincé dans sa façon de fonctionner. Travailler en équipe bouscule !

    Le nombre de nos collaborateurs varie en fonction du volume de travail. Cette structure souple nous permet d’éviter le stress infernal que nous avons connu pendant la période Internet! Si tout à coup il n’y a plus rien qui marche, ce n’est pas grave, nous pouvons mettre la société en veilleuse. Nous n’avons pas d’investissements, pas de dettes : ça nous donne une grande sérénité. Nous n’avons pas de voitures de société, de congés payés, de treizième mois, etc. La liberté a un prix. Mais nous sommes acteurs de notre vie !

    Heureusement, nos efforts sont récompensés puisque l’aventure Famidoo continue avec l’arrivée de nouveaux actionnaires fin 2006. Par leurs compétences et expériences dans l’édition, ils renforceront le développement des activités de Famidoo en tant que plateforme de référence pour les familles en Belgique. »

    Nom : Marie-Christine de Wasseige
    Année de naissance : 1956
    Situation familiale : mariée, mère de 4 enfants
    Diplômes principaux : Psychologie
    Date de création de l’entreprise : 1986
    Secteur d’activité : Edition
    Nombre de collaborateurs : 6
    Principale réalisation : site www.famidoo.be, annuaire « La Belgique des Enfants » / « Kinderen in een Grote Stad », annuaires trimestriels gratuits « Les Carnets de Famidoo », Papa‘s & mama’s mag, édition prénatale et natale + version 3 mois, 6 mois, 9 mois, 12 mois
    Défi pour l’avenir : créer en équipe
    Hobbies : sport, chant, lecture, jardinage, + … 4 enfants !
        Philosophie personnelle : entreprendre et être  responsable de ses choix de vie.
     

    Extrait de “Déclics – Inspirez-vous de l’expérience de 15 créateurs d’entreprises belges!”, un livre de Christine de Bray paru chez EdiPro en mars 2007. Infos sur www.declics.be