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    Olivier Meessen et Jan De Clercq, fondateurs d'une galerie d'art contemporain

    Olivier Meessen et Jan De Clercq viennent de créer leur petite entreprise avec l’aide de l’ABE : une galerie d’art qui concentre leurs complémentarités. Olivier Meessen est historien d’art, Jan De Clercq est économiste ; le premier est Wallon, le second, Flamand. Et ils se retrouvent à Bruxelles pour faire partager aux collectionneurs leur passion de l’art contemporain, avec le souci d’être résolument tourné vers l’international. Et puis, ils s’inscrivent dans la mouvance d’une plus grande ouverture de Bruxelles à l’art contemporain, mouvement que souligne la création prochaine d’un musée Magritte dans la capitale.

    Comment vous est venue l’idée de créer une galerie d’art contemporain à Bruxelles ?

    Jan De Clercq : « C’est avant tout le fruit d’une rencontre et des circonstances. La rencontre tout d’abord : je connais Olivier Meessen depuis une dizaine d’années, il appartenait au cercle des amis de mon épouse. Historien d’art de formation, Olivier baignait déjà dans le monde des galeries d’art alors que de mon côté, l’art contemporain m’intéressait au plus haut point. J’achetais d’ailleurs régulièrement des œuvres d’art contemporain, des pièces modestes s’entend. Mais nous avions chacun nos occupations professionnelles.

    Et puis, les circonstances ont changé. La galerie pour laquelle Olivier travaillait a fermé ses portes tandis que la boîte pour laquelle je bossais aux Pays-Bas a été mise en vente. J’ai imaginé de racheter l’entreprise au travers d’un Management Buy Out (MBO). Le projet a failli marcher mais, finalement, j’ai été dépassé sur le fil. Quelques mois plus tard, j’ai quitté l’entreprise avec un bon accord financier et un océan de temps devant moi. On s’est dit que peut-être on pourrait développer un projet à nous… »

    Une perspective d’autant plus attirante que vous êtes tous les deux parfaitement complémentaires…

    Jan De Clercq : « Exact. Je suis économiste de formation, Olivier dispose d’une connaissance intime du monde de l’art. En une dizaine d’années, il a développé un vrai réseau d’artistes et de clients. Et surtout il avait en tête un projet artistique cohérent tandis que moi, j’avais des moyens et des compétences qui permettaient de donner plus d’ambition encore à ce projet. Mais le point clé, c’est la confiance entre nous. J’aurais été incapable de me lancer dans un tel projet avec quelqu’un que je ne connaîtrais pas aussi bien. »

    Fait significatif aussi, vous avez décidé d’ouvrir cette galerie à Bruxelles, vous auriez pu envisager Anvers, par exemple, bien connue pour son dynamisme artistique…

    Jgaleriean De Clercq : « En dépit du foisonnement culturel et très tendance d’Anvers, il nous a paru immédiatement évident que c’était à Bruxelles qu’il fallait développer notre projet. Mais le défi était ambitieux, il fallait trouver ‘la’ localisation dont nous rêvions à Bruxelles. Nous avions jeté notre dévolu sur le haut de la ville et nous voulions une maison de maître. Pas simple donc, d’autant que nous voulions un lieu avec une âme, avec aussi des volumes permettant d’accueillir des artistes renommés. Il est tout simplement inimaginable de proposer un espace d’exposition de quelques mètres carrés à un artistes qui a l’habitude d’être exposé dans les grands musées du monde !

    Cela dit, je précise d’emblée que nous n’avons pas l’ambition d’exposer uniquement des grands noms de l’art contemporain, nous voulons aussi mettre en évidence le talent de jeunes artistes. Quoi qu’il en soit, nous avons cherché pendant 6 mois avant d’enfin trouver la perle rare : un hôtel de maître de 700 m² à un jet de pierre de l’avenue Louise avec une âme et trois plateaux d’exposition. Nous sommes ravis ! »

    Quelle formule avez-vous choisie pour ce choix immobilier ? Leasing ? Location ? Achat ?

    Jan De Clercq : « Notre projet implique d’avoir un espace vraiment spécifique et, donc, l’obligation de faire des travaux importants dans le bâtiment. Si vous ajoutez à cela le fait que notre projet se conçoit vraiment sur du long terme, eh bien, nous avons décidé d’emblée d’acheter. »

    Et c’est à ce moment précis que l’ABE entre en scène…

    Jan De Clercq : « Vous savez, nous devions investir plus d’1 million d’euros pour acheter ce bâtiment. Et là, notre Business Plan est devenu concret… avec toutes ses lacunes. (rires). Alors oui, c’est à ce moment-là que nous avons été reçus par l’ABE. Quand je vois tout ce que cette démarche nous a apporté, je vous avoue que je dois me pincer ! D’abord, ils nous ont aidé à transformer notre Business Plan d’une façon très professionnelle, avec le détail des cash flows attendus, des clients, etc. Puis, avec cet outil enfin parfaitement au point, nous avons pu convaincre la banque de nous soutenir.

    Enfin, l’ABE nous a orientés vers le Fonds de Participation – qui donne accès aux prêts Starteo, un prêt subordonné accordé à des conditions intéressantes pour le lancement de votre entreprise – et vers B2E Bruxelles PME, une filiale de la Société régionale d'Investissement de Bruxelles. Nous avons obtenu une aide des deux institutions, je crois que nous sommes une des premières PME dans ce cas. En tout cas, leur aide consiste en prêts à des conditions de taux très intéressantes, étant entendu que le rôle de coordination de tout ce financement incombe au partenaire bancaire.

    Dernier élément : l’ABE nous a sensibilisé aux différentes possibilités d’obtenir des subsides – chose qu’il est très difficile, voire impossible, de faire seul, quand on voit le nombre incroyable de possibilités qui existent à Bruxelles. Il faut l’aide de professionnels pour s’y retrouver. »

    Quelle forme d’entreprise avez-vous choisie ?

    Jan De Clercq : « SPRL. C’est vrai qu’en voyant le capital injecté dans l’entreprise, on aurait pu envisager une SA. En même temps, Olivier contrôle 51% du capital, moi, 49%. Comme chercheur d’emploi, il a pu bénéficier de soutiens importants – par exemple, il suit des cours de néerlandais – su fait que, justement, il est majoritaire dans la société. Et puis, il faut le reconnaître, cette société peut exister sans moi, mais pas sans lui… »

    Combien de temps vous a-t-il fallu pour faire passer du projet sur papier à la réalité ?

    Jan De Clercq : « Le processus a été assez rapide, en fait. J’ai quitté mon emploi précédent en mars 2007. Puis, Olivier et moi avons commencé des discussions extrêmement intenses sur ce que nous voulions mettre en œuvre comme projet. Nous avons également visité Art Basel en juin 2007, c’est l’une des plus importantes foires d’art contemporain du monde. Pour vous donner une idée, près de 300 galeries étaient représentées à cet événement l’année passée. A ce moment-là, clairement, la décision de se lancer était prise. »

    Quelles sont les grandes lignes ‘artistiques’ de votre projet ?

    Jan De Clercq : « Nous avons de toute évidence choisi un positionnement résolument international. Il nous semble qu’en effet Bruxelles abrite trop peu de galeries vraiment orientées vers des artistes étrangers. Nous voulons également défendre une création forte, une création qui ne laisse personne indifférent, qui bouscule parfois. Nous ne cherchons pas des artistes à la mode, mais des créateurs qui ont quelque chose à exprimer. Nous serons donc sans doute amenés à exposer des œuvres parfois difficiles, qui exigeront un effort pour ceux qui viennent vers nous, mais c’est là toute la richesse de l’art contemporain que de nous inciter à la contemplation, à la réflexion. C’est un miroir pour soi-même. »

    Existe-t-il un marché suffisant en Belgique pour absorber un tel projet ?

    Jan De Clercq : « Nous en sommes convaincus. Evidemment ! Mais, c’est vrai, notre conviction s’appuie sur une démarche personnelle, pas sur une étude de marché au sens classique du terme. Notre métier est tellement particulier ! L’artiste accouche littéralement de ses œuvres et nous, on fait un choix et on met en place une plateforme, c’est-à-dire un espace où ces œuvres seront mises en évidence, que ce soit chez nous, ou en collaboration avec des musées, avec des espaces publics dans la ville, etc.

    Pour en revenir plus directement à votre question sur le marché, oui, nous avons des clients, des gens qui ont déjà acheté des œuvres, exposées ou même en préparation. Vous savez, il y a un véritable vivier de collectionneurs passionnés à Bruxelles, il y a beaucoup de très belles collections privées chez nous. Mais surtout, nous percevons uns belle appétence pour l’art dans la tranche des 35-45 ans. C’est très prometteur.
    Et puis, fait très significatif, la galerie américaine Barbara Gladstone va bientôt installer une succursale à Bruxelles, tandis que la galerie française Almine Rech vient de s’offrir un espace de 1000 m2 rue de l’Abbaye pour y exposer ses artistes. Tout cela confirme que Bruxelles existe véritablement sur la carte mondiale de l’art. »

    Point important : quel est votre modèle économique ? Comment vos services sont-ils rémunérés ?

    Jan De Clercq : « Nous avons trois sources de revenus.

    1. La représentation d’artistes. Nous prenons en dépôt les œuvres des artistes avec qui nous travaillons et, quand une pièce est vendue, nous nous partageons le prix de vente selon des répartitions variables (en fonction des frais exposés, par exemple).
    2. Nous recherchons aussi des pièces que nous demandent nos clients collectionneurs et, là, nous facturons une commission.
    3. Les partenariats. Nous achetons des œuvres pour notre propre compte et le produit de leur vente revient à la société. »

    Vous nous avez parlé de votre Business Plan… Si tout se passe comme prévu, quand pensez-vous devenir bénéficiaire ?

    Jan De Clercq : « En principe dès la deuxième année. C’est clairement notre objectif. En même temps, il faut savoir que dans notre métier, quelques grosses ventes peuvent avoir un impact énorme sur nos résultats. Nous fonctionnons par exposition, il y en aura une petite dizaine tout au long de l’année. Et c’est là que nous ferons l’essentiel de nos chiffres. »

    Propos recueillis par Adrien Mintiens  - mai 2008

    Nom : Jan De Clercq
    Date de naissance : 26 septembre 1969
    Diplômes principaux : Licence en sciences économiques appliquées et diplôme post-universitaire en marketing à la Vlerick management school
    Date de création de la société : 2007
    Secteur d’activité : art contemporain
    Défi pour l’avenir : transmettre du sens aux gens qui viennent voir notre galerie
    Hobbies : littérature, sport
    Philosophie personnelle : S’adapter continuellement, toujours être en mouvement
    Adresse : Meessen – De Clercq 2, Rue de l'Abbaye 1050 Bruxelles - Tél. 02-644.34.54 - www.meessendeclercq.be