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    Vanessa Lesage, co-fondatrice et gérante d'Indigo Studios

    C'est à deux pas de la gare du Midi et du centre d'art contemporain de Bruxelles, le Wiels, que s'est installé Indigo Studios. Objectif : produire un spectacle par semaine, mêlant différentes formes artistiques (musique, expo, vidéo, etc.). Mais la culture coûte cher, surtout en qualité professionnelle, alors, les fondateurs de la petite entreprise ouvrent également les portes de leur cocon aux entreprises qui souhaitent organiser des événements. Rencontre avec Vanessa Lesage, cofondatrice et gérante d' Indigo Studios.


    D'où vient ce projet Indigo Studios?

    « L'idée remonte à 2003. J'avais un petit délire, créer un espace culturel où on pourrait tout faire, de la musique, des expositions, du théâtre, de la danse, y compris de la vidéo. J'ai toujours adoré la musique, mais j'en avais assez des discothèques, et j'ai toujours trouvé que la culture était trop cloisonnée, qu'il était difficile de mélanger les genres.. Sans oublier le côté trop souvent haut de gamme. Mais au départ, je suis styliste de formation. En 2003, je travaillais dans les médias – j'étais productrice news à Bruxelles pour l'agence américaine Associated Press – et j'étais passionnée de musique. Ce qui me donnait la possibilité de mélanger les genres, j'adore ça. »

    Il vous a donc fallu abandonner votre carrière professionnelle de l'époque, mais finalement, quel a été le déclencheur de cette aventure?

    « J'avais l'idée et le projet, j'en parlais évidemment beaucoup autour de moi mais, manifestement, je n'avais pas assez d'expérience en gestion d'entreprise. Puis j'ai rencontré Yvan – mon mari – qui, lui, travaillait depuis longtemps dans le milieu de l'événementiel avec une vraie expérience de chef d'entreprise. Avec lui, l'idée de départ s'est transformée en projet avec une tête, des jambes et un corps. Il a même mis sa propre carrière en veilleuse pour se conacrer à ce projet. Et ça tombe bien: on adore travailler ensemble! »

    Vous avez l'idée, elle se transforme en projet. Il faut ensuite le développer... Quand vous regardez le chemin parcouru, quelle a été l'étape la plus difficile pour vous ?

    « Trouver un endroit qui convienne. Parce que la musique en concert, ça fait beaucoup, beaucoup de bruit, il faut donc un endroit adapté et, en ville, c'est loin d'être évident. Ce qui pose aussi la question des permis. Et puis, l'autre grande difficulté, ça n'étonnera sans doute personne, c'est dénicher les financements dont l'entreprise a besoin. »

    L'endroit d'abord. Racontez-nous comment les choses se sont passées...

    « D'abord, nous nous sommes arrêtés à la galerie Dansaert. C'était en 2003, Yvan n'était pas encore totalement impliqué dans le projet. Sur ce coup-là, je manquais vraiment d'expérience... On a signé un bail mais rapidement, il est apparu que c'était impossible financièrement. Il y avait vraiment trop d'investissements à faire pour rendre le lieu conforme à nos besoins. Il a donc fallu annuler le bail. Et mettre le projet entre parenthèses pendant deux ou trois ans.

    On a évidemment continué à chercher et ce n’était pas évident. Il fallait quelque chose de grand, avec une entrée publique, des sorties de secours, de la hauteur de plafond, etc. Mais bon, finalement, en 2006, on a trouvé un super endroit rue de la Victoire, à Saint-Gilles. C'était une ancienne galerie d'art. Là, on a véritablement lancé le projet – l'inauguration a eu lieu le 12 juillet 2007 – et organisé des spectacles. Malheureusement, la musique, là-bas, ça ne le faisait vraiment pas. Trop de bruit alors que la salle se trouvait au beau milieu d'un îlot de logements. Malgré le soutien de la commune, il a fallu abandonner à l'été 2008. Il était impossible d'insonoriser complètement les lieux et, en termes de circulation et de parking dans les environs, c'était la fiesta à chaque spectacle. Mais le constat était encourageant: nous avons organisé beaucoup d'événements qui ont attiré beaucoup de monde. »

    La société Indigo Studios existait déjà ?

    « Oui, Yvan et moi avons créé la SPRL en 2007 avec un troisième partenaire qui, depuis, est parti faire d'autres choses. De fait, Yvan et moi sommes désormais seuls actionnaires d'Indigo Studios SPRL. Mais rapidement, cette structure de base a dû être complétée parce que nous souhaitions nous associer avec d'autres professionnels du secteur, Laurent Van Gorp et David Genon.

    Quand nous avons trouvé ce lieu ici, à Forest, nous avons tout de suite compris qu'il nous faudrait l'aide de nouveaux investisseurs. Il a tout de même fallu investir pratiquement un demi million d'euros ici... Ca s'est passé mi-2008. En l'occurrence, Laurent et David ont leur propre société, Shenandorah SPRL. Nos deux SPRL contrôlent une troisième, Art'nMotion, qui exploite les installations ici, qui exploite donc les studios Indigo. Ce qui signifie tout le côté artistique (production, école de batterie, etc.) et la location de l'infrastructure, soit à des particuliers, soit à des entreprises qui veulent organiser un événement ici. »

    Près d'un demi-million d'euros d'investissements... Le bâtiment a dû être entièrement rénové?

    « C'était un bâtiment de bureaux à l'avant et un dépôt à l'arrière. A part les bureaux, c'était du béton brut. Il a fallu 6 mois de travaux pour être prêt à organiser des spectacles mais pour autant, on n'en a pas vraiment fini avec les travaux... Là, on vient seulement de terminer la 2e salle. En même temps, nous trouvons que les choses se sont bien passées. Surtout au niveau des permis (exploitation, environnement, réaffectation). Et là, je dis « Forest, champion! ». Tous les permis ont été octroyés en deux mois seulement ! Franchement, on a été impressionnés, d'autant que, d'expérience, nous savions que notre statut pouvait poser un problème de perception: nous sommes organisés en SPRL, une société commerciale donc, et nous investissons dans du matériel professionnel (notamment la sono et le bar) ; beaucoup de gens en déduisent qu'en fait, notre projet réel n'est pas un espace multiculturel, mais une simple discothèque. Préjugé faux, évidemment, mais au niveau des autorités, on a plutôt l'habitude d'associer culture avec asbl – et pas SPRL – et avec moyens techniques limités... »

    Cette question des permis pose souvent problème aux entreprises jeunes – aux autres aussi d'ailleurs... Comment avez-vous fait pour gérer ça? Et les difficultés de financement?

    Vanessa Lesage: « Pour les permis, on a littéralement pris des cours à l'ABE. Ils nous ont tout expliqué de A à Z. En fait, dès le départ du projet, ils nous ont apporté leur soutien. Et quand le projet reculait, ils le mettaient simplement entre parenthèses, et quand il repartait, ils étaient là. Là pour vérifier le plan d'affaires, là pour nous envoyer au Fonds de participation.

    AfficheBon, finalement, la démarche auprès du Fonds de participation ne nous a pas souri. Au moment même, d'ailleurs, on n'a pas compris. On n'a compris que par la suite pourquoi on avait été refusés. En fait, ce refus était logique. En revanche, on a eu beaucoup plus de mal avec notre banquier. Au départ, il nous soutenait. Mais, quand tout a été lancé, il nous a tout simplement lâchés. Comme ça! Bien sûr, on était en 2009, en pleine crise économique et notre domaine – culture, événementiel – n'inspirait peut-être pas confiance. En attendant, cette banque a fermé le robinet pour tout le secteur et, même si nous n'étions pas visés en particulier, on s'est retrouvé sans source de financement bancaire. Alors, on s'est tourné vers d'autres banques, et nous sommes tombés sur Triodos. Et eux, ils nous ont soutenus à fond. »

    Automne 2010, où en êtes-vous ?

    « Depuis l'éclatement de la crise économique, nous vivons dans un contexte un peu flou depuis un an. Un peu comme si tout le monde était en stand by depuis 1 an. Pas que les clients potentiels – dans le « corporate » singulièrement – n'avaient pas envie, mais ils attendaient de voir comment les choses allaient évoluer. Mais depuis la rentrée, on sent que ça redémarre. Car au fond, même en période de crise, les entreprises doivent communiquer, organiser des événements pour l'interne ou pour les clients. Mais alors, elles rognent sur les extras. Pour résumer : du mousseux, pas du champagne... Côté travaux, le gros est fait mais en même temps, on est des perfectionnistes, on veut toujours améliorer l'infrastructure, enrichir notre patrimoine technique, etc. »

    Quels sont vos objectifs pour les prochains mois?

    Vanessa Lesage: « Produire au moins un spectacle à nous par semaine. Principalement de la musique, mais on essaie de mélanger les genres. Quand nous accueillons un artiste, nous essayons chaque fois d'offrir un plus, un invité, une expo, etc. L'idée étant que les activités 'corporate' nous permettent de financer nos productions culturelles. Car il s'agit tout de même d'un espace pouvant accueillir 600 personnes, ça signifie pas mal de frais qu'il faut couvrir. Il faut le répéter, produire des artistes dans des conditions professionnelles, c'est cher. D'autant que nous avons une charte de qualité, et elle est non négociable. »

    Propos recueillis par Adrien Maintiens  - octobre 2010

    Ecoutez aussi le reportage de Tele Bruxelles sur Indigo Studios.

     

    Indigo Studios en bref

    Nom :  Vanessa Lesage
    Fonction : co-fondatrice et gérante
    Date de naissance: 22 février 1976
    Diplômes principaux : stylisme
    Secteur d’activité : Culture, événementiel
    Nombre d'emplois : 4 actionnaires salariés mais aussi des fournisseurs partenaires
    Défi pour l'avenir :arriver à produire 1 spectacle par semaine
    Devise: « La joie de l'âme réside dans l'action », Louis Hubert Lyautey.
    Coordonnées :  Avenue Van Volxem, 388 1190 Bruxelles 02-534.75.72 http://www.indigostudios.be - vanessa@indigostudios.be