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    Vincent Verhulst, un des trois fondateurs de Soltis

    Soltis a été créée en avril 2008 pour placer des panneaux photovoltaïques et, surtout, offrir un vrai service aux clients. Quelques mois à peine avant le début de la pire crise économique depuis plus d'un siècle. Et pourtant, la petite entreprise a connu une année flamboyante. Retour d'expérience avec un des trois fondateurs, Vincent Verhulst. 

    Quand avez-vous eu l'idée de créer votre petite entreprise? 

    « Pour ce qui me concerne, j'ai toujours voulu être indépendant. Mon travail de fin d'études en marketing à l'Ephec portait d'ailleurs sur la création d'une entreprise. Mais en même temps, je ne me voyais pas non plus travailler en solo. Il se fait que l'idée de créer une entreprise tentait également deux amis avec qui j'avais fait mes études secondaires à l'athénée royal d'Auderghem: Mathieu Bayot et Jérôme De Bruyne. Mathieu a fait bioingénieur à l'Université libre de Bruxelles, Jérôme à fait une licence en biologie et un master en environnement, également à l'ULB. Nous avons tous les trois terminé nos études en 2005 et vécu une première expérience professionnelle. 

    J'ai travaillé comme conseiller financier d'une grande banque, Mathieu est parti en France pour poursuivre des recherches en agronomie et Jérôme a passé un an chez Fedasil. Mais on n'avait pas oublié notre ambition entrepreneuriale. Il fallait juste trouver le bon filon. C'est en discutant avec Jérôme que l'idée est venue: ses parents voulaient placer des panneaux solaires chez eux et manifestement, c'était archi-compliqué; on s'est dit qu'il y avait là un business à développer... » 

    Et puis, début 2008, vous vous lancez... En quoi votre concept était-il particulièrement porteur à ce moment-là? 

    « Notre SPRL a effectivement été créée en avril 2008. A l'époque, sur le marché des panneaux solaires, il y avait essentiellement des installateurs. Mais personne ne prenait en charge la gestion des démarches administratives. Or elles nécessitaient énormément de temps, notamment pour solliciter et récupérer les primes régionales. On s'est dit qu'il y avait là un service à rendre au client, l'aider dans ces formalités. Mais nous avons aussi voulu développer davantage encore la notion de service et donc, avant de poser une installation photovoltaïque, nous faisons une étude complète sur place, pour vérifier l'orientation de l'immeuble, l'inclinaison du toit, la consommation d'électricité, bref, nous vérifions la pertinence du projet. Et si toutes les conditions ne sont pas réunies, nous conseillons au client de renoncer à son projet. Et d'ailleurs, Soltis a refusé des chantiers où l'ensoleillement nous semblait insuffisant pour justifier l'investissement dans une installation photovoltaïque. Nous voulons apporter du service, pas seulement installer les panneaux solaires. » 

    Quand vous jetez un coup d'œil dans le rétroviseur, quelles ont été les principales difficultés que vous avez rencontrées pour créer puis développer votre entreprise?

    « Le plus difficile au début a sans doute été de trouver le fabricant de panneaux solaires. Et c'est logique: Soltis venait d'être lancée, nous n'avions pas beaucoup de moyens, donc pas la possibilité de constituer des stocks. Conséquence immédiate, il fallait travailler à flux tendus. Le tout, évidemment, avec des produits que nous voulions d'une qualité irréprochable. Pas simple! Mais je crois qu'on s'en est plutôt bien sortis. 

    Autre difficulté importante, évidemment, trouver les financements nécessaires au développement de la société. A trois, Mathieu, Jérôme et moi avons apporté un peu plus de 18.000 euros. Mais il en fallait davantage, donc il fallait du crédit bancaire. Vous ne serez pas surpris si je vous dit que cela n'a pas été simple mais, finalement, un banquier nous a fait confiance. Il a cru non seulement dans le projet, mais également dans notre capacité à le porter. Il faut dire aussi qu'il nous connaissait par ailleurs, le relationnel a donc été un facteur clé. Et puis, bien sûr, il y a eu le coup de pouce essentiel de l'ABE. » 

    Panneau


    En quoi l'intervention de l'ABE a-t-elle été déterminante pour Soltis? 

    « Sur pas mal de points, en fait. D'abord, l'ABE nous a aidé à renforcer notre plan d'affaires. Et puis, elle nous a aidé à trouver les sources de financement dont Soltis avait besoin pour se développer: le Fonds de Garantie. Je dois dire que notre dossier a été traité rapidement par le Fonds de Garantie. Plus rapidement en tout cas que par les banques privées... Contrairement à ce que beaucoup pensent, le public est parfois plus efficace que le privé. Au total, nous avons pu lever 75.000 euros. Mais là, nous avons récemment dû retourner au Fonds de Garantie pour solliciter un nouveau prêt, car on a vendu bien plus d'installations que ne le prévoyait notre plan d'affaires. Ce deuxième prêt nous a permis d'injecter au total 250.000 euros de plus dans la société. Mais on a eu moins de mal à négocier cette rallonge, vu l'envolée de nos ventes. 

    Je voudrais ajouter que l'ABE nous a apporté des conseils très utiles sur un autre plan, en l'occurrence l'engagement de personnel. C'est un point critique pour une entreprise naissante, surtout quand on voit à quel rythme nous avons dû nous développer. Un chiffre vaudra mieux qu'un discours: fin 2008, nous étions 3 à travailler pour Soltis, les trois fondateurs; aujourd'hui, nous sommes 24! Un dernier mot pour souligner le rôle majeur joué par notre comptable. Il nous a accompagné avec beaucoup de professionnalisme et puis c'est lui qui nous a envoyé à l'ABE, un conseil que nous a également donné notre banquier d'ailleurs. » 

    Vous évoquer un boom des commandes chez Soltis et pourtant, vous n'existez que depuis un an et demi. Mais au fond, qu'est-ce qui vous a lancés? 

    « L'inauguration de la société. En juin 2008, nous avons invité toutes nos connaissances, carnets d'adresses de nos parents inclus. Plus de 200 personnes sont venues, et le bouche à oreille a commencé. Les premières commandes sont arrivées. Autre élément clé: le site internet. Grâce à notre webmaster, le site a immédiatement été très bien référencé. Sans dépenser un euro pour ça, juste en utilisant les bons mots aux bons endroits. Et donc, chaque fois qu'un internaute faisait une recherche sur les panneaux photovoltaïques en Belgique, le nom de Soltis apparaissait dans les premiers choix. L'intérêt, c'est évidemment que les gens ne pouvaient pas imaginer que derrière Soltis se trouvait une société très, très jeune, des chefs d'entreprise très, très jeunes et à peine 3 personnes. 

    Il valait mieux éviter que les gens sachent ça car dans ce métier, il faut compter entre 15.000 et 20.000 euros pour une installation et un acompte de 30 à 40%. Pas facile à décrocher pour une boîte à peine née dirigée par trois jeunes qui viennent de se lancer! Cela dit, notre chance était aussi que le marché venait à peine de se créer. En d'autres termes, la grande majorité des sociétés qui étaient actives dans ce secteur l'année passée étaient elles aussi de nouvelles entreprises. » 

    Qu'en est-il des ventes? 

    « Nous en avons fait 90 en 2008. Mais la moitié rien qu'en décembre. Une véritable explosion des ventes qui nous a obligés à engager du personnel. D'abord, nous avons recruté un commercial, puis un deuxième, etc. Des administratifs, aussi, pour gérer la facturation, les primes, etc. Et puis, des ouvriers, en l'occurrence des couvreurs et des électriciens pour installer les panneaux photovolta

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    ïques. Au début, nous faisions appel à un sous-traitant pour l'installation mais nous voulions avoir le dernier mot sur la qualité du travail, alors nous avons décidé d'engager notre propre personnel ouvrier. D'où aussi la nécessité d'engager un magasinier et un coordinateur de chantier. » 

    Mais depuis, il y a eu la crise économique et l'annonce de la fin des primes régionales. Est-ce que cela vous a causé du tort? 

    « Pour ce qui est de la crise économique, c'est difficile à dire. On n'a pas de point de comparaison puisqu'avant, on n'existait pas. Et cette année, on aura placé environ 400 installations. A l'heure où on se parle (NDLR: fin octobre), notre carnet de commandes est complet jusqu'au 31 janvier. La question des primes est plus complexe. Ce n'est pas l'annonce de leur suppression qui nous pose problème, mais le corollaire à cette annonce: la date de placement. A Bruxelles, les installations doivent être placées avant le 31 décembre 2009, en Wallonie, c'est avant le 15 janvier 2010. Résultat: des ruptures de stock en cascade chez nos fournisseurs et donc, des hausses de prix. » 

    Mais tout de même, est-ce que la suppression des primes ne met pas en danger la pérennité de Soltis? 

    « Franchement, non. Car malgré la suppression des primes en Wallonie, il est toujours rentable d'investir dans une installation photovoltaïque. L'année passée, avec les primes, il fallait 6 ans environ pour rentabiliser l'investissement. Aujourd'hui, sans prime, il faut... 5 ans. Pourquoi? Eh bien parce qu'entre-temps, le prix des panneaux photovoltaïques a chuté. Mais peu de gens le savent. En ce sens, la suppression des primes est logique puisque la chute des prix fait plus que compenser leur disparition. D'autant que la déduction fiscale fédérale, bien que réduite, et les certificats verts sont maintenus. 

    A Bruxelles, c'est un peu différent. La suppression des primes pèse davantage mais il faut bien dire que la subsidiation était excessive, jusqu'à 50% de l'investissement! Sur le fond, Soltis est là pour durer. L'environnement, on y croit. C'est pas juste du marketing, on n'a pas créé cette entreprise juste pour faire du business sur la vague des primes au photovoltaïque. 

    Propos recueillis par Adrien Maintiens  - octobre 2009

    Soltis en bref

    Nom : Vincent Verhulst
    Fonction: Administrateur 
    Date de naissance : 23/04/1981
    Diplômes principaux : marketing (Ephec)
    Secteur d’activité : énérgie
    Coordonnées : Avenue de la Couronne, 556 à 1150 Bruxelles. 02-779.97.12 - info@soltis.be - http://www.soltis.be