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    Yvan De Baets et Bernard Leboucq, fondateurs de la Brasserie de la Senne

    Fondée par deux amoureux de la bière, Yvan De Baets et Bernard Leboucq, la Brasserie de la Senne va prochainement s'installer dans ses propres locaux à Molenbeek. Pour y réaliser des bières spéciales de fermentation haute, des bières à l’ancienne, non filtrées, non pasteurisées, exemptes de tout additif. Bref, des bières de caractère. Une qualité que ces deux passionnés devaient d'ailleurs avoir pour monter et développer leur propre brasserie... Interview avec Yvan De Baets. 

    Quand l'idée de fonder une brasserie vous s'est-elle transformée en projet réel? 

    « La création de la Brasserie de la Senne remonte à la fin 2003. Bernard Leboucq – mon associé – se lance seul dans l'aventure à Sint-Pieters Leeuw. A cette époque-là, je travaillais comme brasseur dans une brasserie artisanale et je fonctionnais un peu comme le consultant de Bernard. Mais en même temps, j'étais aussi en concurrence puisque je démarchais globalement les mêmes brasseries que lui. Mais surtout, on s'est dit à un moment qu'il fallait se lancer ensemble dans l'aventure. 

    Fin 2005 donc, nous nous sommes associés à 50/50 dans une SPRL. A la fin de l'année passée, la situation a un peu évolué puisque nous avons accueilli plusieurs investisseurs, en l'occurrence notre importateur au Japon, notre importateur aux Etats-Unis et un investisseur anglais passionné. Mais Bernard et moi contrôlons toujours 80% des parts de la société. » 

    Pourquoi cette ouverture du capital à de nouveaux partenaires ? 

    Bierre« Pour financer notre croissance. Nous avons bénéficié de financements importants de notre banque et de la Région, mais il fallait diversifier nos ressources pour mener à bien notre projet clé, construire une nouvelle brasserie à Bruxelles. Le constat était simple : il fallait grandir... ou mourir. Une micro-brasserie, ce n'était plus possible, d'autant que nous devons pour le moment encore louer des capacités de production ce qui, d'un point de vue simplement logistique, est absolument démentiel. En même temps, il y a une autre réalité : nous ne parvenons pas non plus à produire suffisamment de bière pour répondre à la demande. » 

    Et puis, il y a cette décision de venir créer la brasserie à Bruxelles. Pourquoi ce choix ? 

    « Parce que nous sommes tous les deux des amoureux de Bruxelles. C'est 'notre' ville, c'est là que nous voulions nous installer. Mais ça n'a pas été facile. Il nous a fallu 3 ans de recherches pour dénicher le local qu'il nous fallait. Mais heureusement, nous avons très tôt bénéficié du soutien de l'ABE et ce soutien a été fondamental pour nous. En tout cas, nous avons fini par décrocher l'espace qui nous convenait à Molenbeek, sur la chaussée de Gand, un site géré par la SDRB. Nous sommes locataires mais je dois souligner que le montant du loyer a été fixé en tenant compte de la réalité financière de la Brasserie de la Senne. C'est important. 

    Et puis, il nous a fallu une année supplémentaire pour trouver les 500.000 euros dont nous avions besoin pour acheter du matériel - d'occasion ! - comme des cuves, des machines, etc. Autre frais importants, l'aménagement des lieux en tenant compte des normes les plus strictes en matière d'hygiène. On n'a pas fait de folies, je vous l'assure. Il nous a du reste fallu calibrer ces investissements en tenant compte de notre croissance actuelle – elle est forte – et de la croissance future – elle s'annonce forte aussi. Bref, intégrer dans nos plans un horizon lointain de plusieurs années. » 

    biereEn termes de production, où en êtes-vous actuellement ? 

    « Nous en sommes à 900 hectolitres en base annuelle mais en 2010, on peut facilement doubler notre production, la demande est là. Evidemment, c'est encore modeste, surtout si on compare avec les grands noms des bières spéciales, comme Orval (65.000 hectolitres) ou Duvel (500.000 hectolitres). » 

    Comment gérez-vous les volumes en sachant que vous ne produisez pas assez pour répondre à la demande ? 

    « On répond à la demande bruxelloise d'abord. On veut être 'local', être 'la' brasserie de Bruxelles tout en respectant nos collègues déjà installés ici. Par exemple, nous travaillons main dans la main avec nos collègues de Cantillon. On est très potes. Puis, après Bruxelles, on sert surtout des clients en Flandre. Ils viennent nous chercher ! Apparemment nos produits plaisent beaucoup au nord du pays. Et puis, il y a l'exportation. Là aussi, nous pouvons compter sur un réseau de passionnés. Ils sont un peu frustrés pour le moment, ils voudraient bien qu'on leur vende davantage de volumes mais ils comprennent la situation, ils attendent patiemment que nous soyons capables de produire davantage ». 

    Le marché de la bière est très varié, comment faites-vous pour vous distinguer, quel est votre positionnement « marketing » si j'ose dire? 

    « Avant toute chose, nous voulons faire de la bonne bière. De la bière que nous avons envie de boire nous-mêmes. Bernard et moi, nous avons embrassé ce métier par amour, nous avons pris tous les risques pour vivre cette passion pour la bière. Alors, oui, nous voulons fabriquer de la bonne bière. Pas pour « gagner du fric » mais parce que nous défendons des valeurs, des goûts. Notre créneau, ce sont les bières spéciales de fermentation haute et de caractère. Nous développons nos produits sur l'amertume, sur l'acidité, par opposition au goût sucré, gras, comme dans les bières commerciales. Nous proposons différentes sortes de bières, de la bière brune, du stout (nous avons été reconnus meilleur stout de Belgique récemment), de la triple. Notre seule luxe en définitive, c'est de faire des bières qu'on a envie de boire nous-mêmes... » 

    Comment distribuez-vous votre bière ? La grande distribution fait-elle partie de vos clients ? 

    « Non, la grande distribution ne nous intéresse pas. Vu notre approche de la bière, nous voulons que ceux qui vendent nos produits l'apprécient, soient capables d'en parler. C'est l'essentiel. Et puis, vendre en grande surface, ça ne rapporte pas des tonnes alors vous savez, comme nos marges sont déjà extrêmement réduites... Sans oublier un autre élément: si vous tombez sur un super directeur commercial qui veut mettre vos produits en évidence dans les rayons, c'est sympa, mais il faut être capable de produire des volumes qui ne sont pas aujourd'hui à notre portée. Et surtout, que se passe-t-il si le supermarché change de directeur commercial? Vous êtes souvent mis de côté... Et vos investissements, il faut continuer à les assumer... » 

    zinnebirVous êtes très élogieux envers l'ABE. Comment êtes-vous entrés en contact avec eux? Vous les connaissiez déjà? 

    « Oui. Quand je suivais ma formation à l'école de brasserie, j'ai entendu parler d'eux. J'ai aussi été voir sur internet, j'ai pris contact pour leur demander ce qu'ils pourraient faire pour m'aider. J'avais besoin d'aide pour les formalités liées au permis d'urbanisme et d'environnement. Et franchement, ces gens sont des pros. Ils vous accompagnent au travers d'un maquis de réglementations, de démarches à faire un peu partout. Par parenthèse, c'est fou le nombre de démarches compliquées qu'un entrepreneur doit effectuer alors même qu'on doit se battre pour produire et vendre. Et je ne parle même pas des obligations de base, comme la TVA! En fait, l'ABE nous permet de gagner du temps et ça, c'est extrêmement précieux. » 

    L'ABE vous a-t-elle aidé aussi à dénicher des subsides? 

    « Absolument. Et là, vous êtes face à des experts. Ils vous mâchent littéralement le travail. Ils sont gentils, efficaces, disponibles, très orientés 'entrepreneurs', conscients de la réalité du terrain. Je suis un peu désolé de n'avoir que des compliments à leur propos, mais c'est la réalité.» 

    Et vous avez obtenu les subsides souhaités? 

    « Pas encore. Mais notre projet est particulièrement complexe, tellement complexe qu'on n'a pas réussi à rentrer toutes les informations dans le premier dossier rentré au Fonds de participation et auprès de notre banque. On va donc devoir rentrer un second dossier. Il s'agira d'un appoint important, ce sera une nouvelle bouffée d'oxygène un an ou deux après l'investissement de base. Mais cet argent doit surtout nous permettre de réinvestir dans l'activité. » 

    Quel est votre principal défi pour 2010 ? 
    Yvan De Baets :
     « Terminer la construction de la brasserie sans exploser le budget. En ce compris tous les défis techniques, la production, la vente. Mais je suis confiant en sachant qu'il nous faut néanmoins aller vite : chaque jour qui passe nous fait perdre de l'argent. On vise le mois de juin pour produire nos premières bières à Molenbeek. Mais l'échéance a déjà été reculée plusieurs fois...» 

    Propos recueillis par Adrien Maintiens  - février 2010

    Brasserie de la Senne en bref

    Nom : Yvan De Baets
    Fonction: administrateur délégué
    Date de naissance : 31/03/1970
    Diplômes principaux : licence en sciences politiques, et sciences du travail (UCL), formation spéciale d’ingénieur brassicole (Institut Meurice)
    Secteur d’activité : industrie alimentaire
    Principal défi pour l'avenir : Lancer la production dans sa propre microbrasserie
    DeviseOffrir au client des bières que j’ai envie de boire moi-même